Raconter Philip K.Dick

Raconter Philip K.Dick

Un jeu vidéo, un documentaire, et une fiction en réalité virtuelle. Il fallait bien tout ça pour rendre compte de l’univers fascinant du célèbre maître de la science-fiction, Philip K. Dick.

« Dickien », c’est comme ça qu’on dit

Philip K. Dick est un homme doté d’une imagination débordante et troublante. Contemporain d’Isaac Asimov, autre figure majeure de la science-fiction, il ne pourrait pas en être plus éloigné. Alors que l’auteur des lois de la robotique aime à penser que le progrès technologique sert l’humain pour le rendre meilleur, notre Philip est légèrement moins optimiste. Avec lui, on plonge dans une atmosphère totalitaire où la réalité n’est bien souvent qu’une illusion et où les androïdes sont plus humains que machines. Sa vision du futur, saisissante et anxiogène, se prête particulièrement bien à la mise en scène cinématographique : Blade Runner, c’est lui, Minority Report, encore lui, Le Maître du Haut Château, toujours lui.

Ce qui devient encore plus intéressant, c’est que derrière l’écrivain prolifique se cache un mec un peu fêlé. Philip K Dick était aussi connu pour être un loup solitaire, cloîtré dans son appartement, accro aux amphétamines et à l’alcool bon marché. Au cours de sa vie, sa paranoïa viendra à bout de toutes les femmes suffisamment névrosées pour partager sa vie. Sa méfiance et sa personnalité déconcertante viennent colorer son œuvre de cette indicible psychose qui habite ses mondes parallèles.

« Transmédia », c’est comme ça qu’on dit

C’est donc sur trois niveaux que l’univers « Dickien » se raconte sur Arte. Le cœur du projet, c’est Californium, un jeu vidéo développé Darjeeling et Nova Productions.

californium arte jeu video

On commence la partie dans la peau d’Elvin Green, auteur fauché, fraîchement abandonné par sa femme. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, un message laissé sur son répondeur nous fait comprendre qu’il vient aussi de perdre son travail. En déambulant dans son appartement, on découvre des cannettes de bières et des brouillons chiffonnés, le tout formant un joli bordel qu’on imagine volontiers inspiré de l’habitat de ce cher Philip. Une télé grésille, on clique dessus et elle nous parle sur un ton énigmatique. La chasse aux trésors peut commencer. Il faut maintenant chercher les symboles cachés dans le décor pour entrevoir des univers parallèles. Les personnages que l’on croise nous apportent rarement des bonnes nouvelles et disent des choses qui n’ont pas beaucoup de sens, mais je crois que ça aussi c’est « dickien ». D’ailleurs à en croire les connaisseurs, le jeu est truffé de références à l’univers de l’auteur, mais pour être honnête je ne connais pas assez le bonhomme pour confirmer.

Si les vraies gamers s’ennuieront surement un peu dans Californium, les gens pas très dégourdis comme moi qui n’ont plus joué aux jeux vidéo depuis Rayman (Gold biensûr) devront s’armer de patience. Je dois dire que j’aurais aimé qu’on balise bien les indices avec des grosses flèches rouges afin que je puisse me repérer plus facilement, mais je veux bien croire que l’expérience de jeu aurait été nettement affaiblie. Et puis il est vrai que la force du jeu réside dans l’exploration de ces univers qui incarnent si bien le génie créatif et maladif de l’auteur. Et ça c’est franchement réussi.

les mondes de philip K dick

source: Arte TV

Le documentaire diffusé sur Arte, Les Mondes de Philip K.Dick, retrace dans un format plus classique sa vie et ses errances. Grâce aux témoignages de son psychothérapeute, joliment barré lui aussi, et sa dernière femme, Tessa, on comprend mieux la complexité du personnage. On découvre que l’ampleur de son imagination n’a d’égal que sa paranoïa mais surtout combien ce qu’il décrit dans ses œuvres a une résonance particulière aujourd’hui.

Enfin dans le court-métrage en réalité augmentée I Philip, on se retrouve à la place de notre Philip, sauf que celui-ci est maintenant androïd. Crée par un ingénieur, le robot Philip est tellement évolué qu’il oublie peu à peu sa condition de machine pour se sentir humain…

i philip arte

source : arte creative

Une expérience en trois temps, à essayer dans n’importe quel ordre, mais à essayer absolument, pour explorer l’univers captivant de Monsieur K Dick.

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