Belleville en Vue(s), le documentaire à l’épreuve d’Internet

Belleville en Vue(s), le documentaire à l’épreuve d’Internet

Dans le cadre de son festival des nouveaux cinémas documentaires, l’association Belleville en Vue(s) a proposé dimanche dernier un point webdoc. Au programme, projection de « Dans les murs de la Casbah » de Céline Dréan et de « La Duce Vita » de Cyril Bérard et Samuel Picas, développé par Darjeeling. N’ayant pas eu la chance d’assister à la projection du premier- avoir une bonne heure de retard  un dimanche, est-ce vraiment condamnable ?- je ne pourrai vous parler que du second et de la table ronde qui a suivi.

La vie après Il Duce

La Duce Vita, ça parle de Predappio, un petit village en Italie du Nord qui a vu naître Benito Mussolini et qui a hérité de sa dépouille quand le reste de l’Italie n’en voulait plus. Du coup, au fil des années c’est devenu un lieu touristique d’un style un peu particulier où le fantôme du Duce n’est jamais très loin. Pris entre les militants d’extrême-droite qui viennent y accomplir une sorte de pèlerinage et les antifa qui voudraient que Predappio n’ait jamais existé, les habitants ont décidé de défendre coûte que coûte leur tranquillité et leur bon vin.

Pour mettre en scène cette tension entre histoire et mémoire, les auteurs Bérard-Picas ont choisi de ne pas sacrifier la linéarité de l’histoire en proposant une lecture chapitrée. Les capsules vidéo glissées dans les pauses entre les chapitres apparaissent comme des bonus qui permettent de s’immerger dans la vie quotidienne des habitants. Pour Cyril Bérard, la vraie valeur ajoutée du format c’est justement d’être une « histoire augmentée ». Pour les auteurs, c’était important de choisir la simplicité, de privilégier la fluidité de l’histoire car ce serait « une erreur de ne pas guider l’utilisateur dans l’univers qu’on veut lui faire découvrir ».

Table ronde des chevaliers du doc 2.0

Avec Marianne Levy Leblond (Arte), Céline Drean (dans les mur de la Casbah), Mona Abdel Hadi et Perrine Lottier (Tribudom), Virginie Terasse et Wilfrid Estève (studio Hans Lucas), Faissol Fahad Gnonlonfin (réalisateur), Marc Lustigman (Darjeeling), Nelly Pintaud (France Télévisions, nouvelles écritures), Cyril Bérard (la Duce Vita) et avec Cedric Mal et Nicolas Bole (blog documentaire), on a discuté des internets et des documentaires puis on s’est demandé s’il fallait dire web-documentaire ou documentaire interactif. Et comme souvent, ça dépend.

De cette discussion, j’ai surtout retenu deux points. D’abord, comme l’a rappelé Marianne Levy Leblond, lorsqu’on regarde un web-documentaire, on n’est pas tout seul devant son ordinateur, au contraire, on est connecté avec des milliers d’autres. Le fait de montrer qu’on est en train de vivre une expérience collective peut devenir une proposition forte pour le spectateur. Par exemple, lorsqu’on visionne  Prison Valley, on sait combien de personnes sont aussi sur la plateforme. Du coup, on se sent un peu moins seul.

Le deuxième point concerne la pérennité des œuvres sur Internet, une question liée à la pérennité des technologies mais aussi à la préservation des œuvres qui reposent sur des expériences collectives.

Une chouette après-midi en somme. Puis, en bonus on a eu droit au trailer de FortMcmoney.

Pauline Legrand

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