Le Grand Incendie

Le Grand Incendie

J ‘ai assisté à la projection « Le Grand Incendie » de Samuel Bollendorff et Olivia Colo, produit par Honkytonk, et présentée par Belleville en Vue(s)  mercredi dernier. Et j ‘ai beaucoup aimé.

Le 26 Avril 2011, Rémy Louvradoux, employé de France Telecom- Orange chargé de la prévention contre les suicides, s’immole à Merignac sur son lieu de travail.  L’élément déclencheur ? Le début d’une mode comme dira plus tard Didier Lombard, ex PDG d’Orange ? Une chose est sûre c’est que depuis 2011, en France « tous les 15 jours, une personne s’immole sur la place publique » et le Grand Incendie est leur histoire.

Partis pour faire un documentaire sur le service des grands brûlés de l’hôpital Saint-Louis, les deux auteurs avouent  avoir été surpris par le nombre élevé d’immolations en France. Intrigués par cette découverte, ils recueillent les témoignages de leurs proches et tentent de rendre compte de cette colère et de cette souffrance au travail. Car c’est la dimension contestataire qui intéresse principalement Samuel Bollendorff et Olivia Moco,  et non pas la dimension plus personnelle, celle du suicide. D’ailleurs comme ils le font très justement remarquer,  si à l’étranger l’immolation représente la révolte à l’image de Mohamed Bouazizi ou encore les moines tibétains, en France, l’immolation reste considérée comme un acte de faiblesse, un élan de folie mené par des personnes fragiles et marginales. On ne remet jamais en cause le système qui les a poussés à bout, on n’identifie jamais les raisons de la colère.

Alors qu’avec « Voyage au bout du charbon » Samuel Bollendorff incitait l’internaute à devenir acteur et joueur, son dernier projet le replace davantage en témoin silencieux. Le rapport que l’on entretient avec l’œuvre est plus pudique et notre présence plus discrète. Nous écoutons les témoignages et devinons les impressions,  bouleversés par la violence des paroles. C’est pourquoi le Grand Incendie se donne à entendre plus qu’à voir. Pas d’images chocs, mais des vidéos voilées où l’on aperçoit plus qu’on ne voit les personnes qui témoignent.

L’appareil de Samuel Bollendorff va se poser successivement sur ces lieux a priori sans âme où ces hommes et ces femmes se sont embrasés et progressivement la photographie va s’animer et nous parler. C’est pourquoi, pour décrire son style et le format du projet, il va parler de photographies augmentées et par conséquent d’un projet écrit et pensé pour le web. Alors qu’en télévision, ce documentaire aurait surement été cantonné à une plage horaire déserte, sur le web il peut atteindre un public peut-être plus large et en tout cas se laisser découvrir librement au rythme de chacun.

Pauline Legrand

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