Paris et les tags : des « Graffbusters » aux promoteurs

Paris et les tags : des « Graffbusters » aux promoteurs

En 2012, le Figaro réalisait un article sur « les chasseurs de graffs » qui parcouraient Paris en quête de tags à pulvériser, ne faisant pas grand cas de la qualité esthétique de l’oeuvre en question.

Et ce n’est pas le travail qui manque: plus de 285.000 m2 de murs ont été nettoyés en 2011, nécessitant quelque 82.000 interventions. Ces inscriptions sauvages, que François Dagnaud qualifie de «pollutions ou d’agressions visuelles», ont coûté 11,4 millions d’euros à la Ville ces trois dernières années.

Depuis, changement de ton, le street art est à la mode et les institutions l’ont bien compris. En 2015, il s’empare des ponts, gares, cages d’escaliers et autres musées de Paris. Des actions qui peuvent parfois surprendre…

Street art et transports : je t’aime moi non plus.

Le combat mené, de longue date, par la RATP ou la SNCF contre les graffitis trouve un écho régulier dans la presse, en témoigne la récente rixe contre M. Chat par exemple, qui avait alimenté la chronique.

Une lutte de longue haleine qui s’est durcie en 1999 lorsque la SCNF lance la « mission Propreté » pour courir après les taggeurs et les traduire en justice. Globalement, cette lutte contribue à la construction de l’image du graffeur délinquant et à durablement associer le street art au vandalisme et à la destruction des biens. Dans cette lutte, aucun travail de définition ou de hiérarchisation n’est d’ailleurs mené entre le graffiti, le tag ou la fresque ; une terminologie (cet article pourrait vous aider à y voir plus clair) et des pratiques joyeusement regroupées sous le nom générique de street art, qu’il s’agit – en tout état de cause – d’éradiquer.

Seulement voilà, la SNCF a décidé de revoir sa copie.

Ainsi, depuis le 27 mai, et jusqu’au 8 juillet, la Gare du Nord accueille en résidence artistique le collectif Quai 36. Durant plusieurs semaines, 16 artistes et parmi eux les artistes Koralie, Levalet, Louis Mesnager, le Londonien Louis Masai ou encore Dourone (cf. Photo à la une) réaliseront de oeuvres (collage, pochoir, murales,…) et questionneront, face aux voyageurs, le visage de la gare. Une commande réaliser en partenariat avec Gare & connexions, qui tâche de réinventer la gare comme un lieu de vie et non plus seulement de transit, en accueillant notamment des expositions d’art temporaires. Pour le coup, on a envie de dire MERCI et de choper -exprès- son RER Gare du Nord.

Autre initiative pour valoriser son patrimoine, qui a reçu cette fois quelques échos négatifs : celle de mettre à disposition des artistes/collectifs des lieux désaffectés de la SNCF. L’artiste doit en effet soumettre une proposition de projet, répondre à un cahier des charges et financer le tout pour pouvoir jouir de ces précieux mètres carrés. Une bagatelle.

Le Pari(s) urbain

Autre acteur historique de la lutte contre le graff : la mairie de Paris.

Depuis les premiers jours de juin, cette dernière a décidé de définitivement traiter le Pont des Arts de sa plaie d’acier.

Cette année, des pans entiers recouverts de « cadenas d’amour » qui faisaient ployer le pont sous leur poids ont progressivement été remplacés par des  plaques de plexiglass, une solution qui trouve aujourd’hui une nouvelle alternative. La mairie, Bruno Julliard (Premier adjoint chargé de la culture, du patrimoine…) en tête, a décidé de s’associer avec  Mehdi Ben Cheikh, directeur de la galerie Itinerrance qui fait régulièrement de Paris une galerie d’art à ciel ouvert (on leur doit notamment la Tour 13) et les artistes Jace, El Seed, Brusk et Pantonio, pour repenser le pont des amoureux.

150 mètres de frise qui révolutionnent le coeur de Paris, et génèrent quelques tensions…

Livetweet de l'installation à suivre sur le compte de @BrunoJulliard

Le livetweet de l’installation  était à suivre sur le compte de @BrunoJulliard

D’aucuns déclarent en effet l’inadéquation totale des oeuvres de street art avec le Pont des arts, coeur à la fois symbolique et géographique du mythe parisien et des clichés patrimoniaux qui le nourrissent. Face au Louvre, temple et emblème de la culture classique, ces panneaux font mouche…

Ces oeuvres qui répondent à la commande d’acteurs divers, nous réinterrogent sur l’institutionnalisation de l’art que l’on questionné déjà ici. Bien qu’exempt de toute subversivité, elles conservent la faculté d’interroger leur environnement, de faire se rencontrer des publics animés par des sensibilités artistiques différentes, ou encore d’éveiller l’oeil à l’art en territoire urbain…

Gageons aussi que la volonté de s’inscrire comme ville créative, des villes qui accordent une grande place à la régénération urbaine par la culture (à la façon de Montréal ou de San Francisco), et donc attractive, n’est pas étrangère au choix de la Mairie de Paris…

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