Le selfie va-t-il sauver nos musées ?

Le selfie va-t-il sauver nos musées ?

En octobre dernier Queen B devenait l’ambassadrice d’un phénomène qui a, à coup sûr, fait bondir nombre de puristes du monde de l’art. La reine de la pop a ainsi profité d’un séjour à Paris pour se payer le luxe d’une visite privée dans les lieux culturels de la capitale. Smartphone à la main, la star se photographie successivement devant la Joconde et les statues grecques du Louvre, privatisé pour l’occasion, et pose au côté du Portrait de Françoise au musée Picasso. Une véritable aubaine en terme de visibilité qui a certainement ravi le service communication du musée Picasso, ouvert seulement un mois plus tôt, puisque les clichés sont ainsi visionnés par les 25 millions d’abonnés du compte Instagram de Beyoncé et repris dans les médias du monde entier. Parmi ces photos, plusieurs selfies, un procédé dont l’usage au musée relance, dans l’art, l’éternelle querelle des Anciens et des Modernes…

Des campagnes interactives…

Le Rijksmuseum d’Amsterdam lançait en avril 2014, un an après sa réouverture, une vaste campagne numérique et interactive en partenariat avec KPN. Véritable galerie numérique, les stations de métro se sont vues équiper d’écrans numériques interactifs qui offraient aux passants la possibilité de (re)découvrir les œuvres du musée. Mieux, il leur était même possible de pénétrer ces oeuvres grâce à un système de caméra vidéo intégrée. Ce #Rijksselfie ainsi créé était ensuite directement visible sur les écrans, pouvait être partagé sur les réseaux sociaux ou téléchargé sur le site internet du musée. Le succès de cette campagne interactive tient principalement au fait qu’elle a compris et utilisé comme principaux leviers les habitus de ses contemporains, preuve de l’extrême modernité des services communication de plusieurs musées dans le monde.

Au Museum Selfie Day

Lancée en 2014 par Culturalthemes, collectif international des professionnels du monde de l’art, , la campagne Museum Selfie Day est revenue pour une deuxième année consécutive, le 21 janvier dernier. Lancée sur les réseaux sociaux, la campagne a invité les internautes à se prendre en photo en mode selfie dans un lieu culturel et de poster leur « oeuvre » sur Facebook, Instagram, et Twitter avec le hashtag #museumselfieday. Outil de viralisation autant que de mesure du phénomène, ce hashtag a concerné plus de 17 000 photos cette année.
En France, l’opération a été relayée en premier lieu par les comptes des grandes institutions culturelles parisiennes comme le Quai Branly, le Château de Versailles, le musée Carnavalet ou encore le Centre Pompidou. L’implication des museogeeks de la twittosphère a également grandement contribué au succès (populaire) de l’opération.

Le musée, nouveau fief de la popculture ?

Bien sûr, le phénomène n’est pas exempt de critiques qui sont d’ailleurs celles, courantes, qu’on adresse au selfie, objet d’étude caractérisant pour certains, les travers de notre société contemporaine. L’art ne fait pas exception : la visite au musée semble instrumentalisée dans une logique qui lie monstration, désir de mise en scène et consumérisme.
Il possède néanmoins beaucoup de vertus.  La principale étant de parvenir à reconnecter un public d’ordinaire non captif à cet espace que constitue le musée, souvent perçu comme un lieu intimidant et demandant des codes que certains n’estiment pas posséder. La dimension interactive à la fois de la campagne du Rijksmuseum et inhérente au selfie ouvre également un espace conversationnel où la relecture de l’œuvre s’avère féconde, révélant un dialogue ouvert entre les époques, en utilisant souvent les modalités du détournement ou de la parodie.

Allez, ne boudons pas notre plaisir, ça nous change des lézards à la plage et de l’art culinaire qui peuplaient nos feed Instagram et les rendaient légèrement monotones. Pour finir en beauté, un petit florilège.

Marie Latirre

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